
Le manoir
Architecture du manoir
Rien de monumental, tout d’assemblage. Le manoir se lit comme un ouvrage de charpentier plutôt que comme un ouvrage de maçon.
Les termes employés ici sont ceux du bâti ancien augeron.
La plateforme et les douves
Le manoir n’est pas posé sur le sol : il est posé sur une plateforme quadrangulaire, un tertre artificiel ceinturé de douves en eau. Le dispositif est courant dans le pays d’Auge et rarement défensif au sens militaire.
Il remplit trois fonctions à la fois : il assainit un sol argileux et humide en éloignant l’eau des pieds de bois, il marque sans ambiguïté la limite du domaine, et il affirme le rang de celui qui l’habite. Un logis sur douves se voit de loin et s’aborde par un seul point.
Pour le chantier, cette plateforme est une contrainte permanente : chaque engin, chaque livraison de bois ou de chaux doit franchir l’eau.
Visite virtuelle
La visite est hébergée par 3-concept-plan.net, qui y dépose ses propres mesures d’audience. Rien n’est chargé depuis ce site tant que vous n’avez pas lancé la visite.
Ouvrir la visite dans un nouvel onglet (nouvelle fenêtre)Les échauguettes en encorbellement
Aux angles du logis, des échauguettes font saillie, portées en encorbellement : elles ne reposent sur rien au sol, la charpente les projette dans le vide au moyen de pièces de bois en console.
C’est une signature du manoir augeron, et le point où la charpente travaille le plus. Ce sont aussi les premiers éléments à souffrir quand la couverture prend l’eau : ils sont exposés sur trois côtés et n’ont aucun mur pour les soulager.
Les pans de bois
La structure est une ossature de bois, le pan de bois : des poteaux verticaux, des sablières horizontales, des décharges obliques. Ce squelette porte tout ; les remplissages ne portent rien.
Sur la façade, ces bois dessinent des motifs géométriques, losanges et chevrons, qui ne sont pas seulement décoratifs : ils raidissent la structure. Le dessin est la structure, et la structure est le dessin. C’est pourquoi on ne remplace pas une pièce sans en comprendre le rôle.
Ce qui se défait ici ne se refait pas : cela s’imite.
Tuileaux et torchis
Entre les bois, le remplissage, appelé hourdis, est fait de tuileaux, des fragments de terre cuite posés en épi, ou de torchis, un mélange de terre et de fibres végétales appliqué sur un lattis.
Ces matériaux respirent : ils laissent passer la vapeur d’eau et sèchent d’eux-mêmes. C’est leur qualité et leur fragilité. Un enduit moderne étanche, posé par bonne intention, emprisonne l’humidité contre le bois et fait pourrir la charpente qu’il prétendait protéger.
La restauration impose donc de travailler avec les mêmes matières qu’au XVe siècle, et avec des artisans qui savent encore les mettre en œuvre.
La couverture
Le toit est en tuiles, percé de lucarnes qui éclairent les combles. C’est la première défense de l’édifice : tant que la couverture tient, le reste attend. Dès qu’elle cède, l’eau descend dans les bois et le compte à rebours commence.
